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Construction ou rénovation

En zone rouge, bâtir pour sauver

juillet 24, 2026

Au cœur de la plus vaste zone d’urgence médicale sous-couverte de Belgique, le Centre Médical Héliporté de Bra-sur-Lienne construit son avenir. Au programme : un nouveau bâtiment, le rachat d’un hélicoptère et une transformation profonde soutenue par Wallonie Santé Finances.

Entre les provinces de Liège, Luxembourg et Namur s’étend une vaste zone rurale où l’Intervalle Médical Libre dépasse régulièrement 15 minutes, un délai qui, pour un arrêt cardiaque ou un AVC sévère, peut faire la différence entre la vie et des séquelles irréversibles. Depuis 1986, le Centre Médical Héliporté (CMH) de Bra-sur-Lienne joue le rôle d’accélérateur thérapeutique dans cette zone, avec 1.432 interventions réalisées en 2025. Un service rendu possible non par un financement public, mais par la solidarité citoyenne, les affiliations représentant près de 65 % du budget de l’ASBL.

Trente-huit ans plus tard, ce modèle se réinvente : le permis d’exploiter expire en 2027 et un nouveau centre est en construction à Lierneux, intégrant entre autres panneaux photovoltaïques, pompe à chaleur et toitures végétalisées. C’est dans ce projet que Wallonie Santé Finances intervient, via ses prêts verts, pour près de 900.000 euros en cofinancement avec BNP Paribas Fortis. Philippe Miermans, Administrateur délégué, nous en explique les tenants et aboutissants.

Le CMH fonctionne depuis près de 40 ans grâce à la solidarité citoyenne. Comment ce modèle a-t-il tenu dans le temps ?

Notre ASBL bénéficie d’un soutien exceptionnel de la population depuis sa création par le Docteur Maquoi. À ce jour, nous ne recevons toujours aucun financement du SPF Santé Publique : le CMH fonctionne grâce aux cartes d’affiliation, dons et legs (environ 65 % du budget), complétés par des subsides de plus de 50 communes et des provinces de Liège et du Luxembourg, ainsi que par la facturation de nos interventions. Avec un budget annuel avoisinant les 5,5 millions d’euros et plus de 200.000 affiliés, notre assise populaire est solide. Elle repose sur plusieurs facteurs : la personnalité charismatique du fondateur, l’importance vitale d’un service héliporté performant dans des zones rurales mal desservies, et la qualité humaine de nos équipes hautement qualifiées. L’absence de reconnaissance fédérale définitive nous impose toutefois une gestion prudente. Notre objectif reste inchangé : garantir à chaque patient des régions rurales la même rapidité d’intervention et de prise en charge qu’en zone urbaine.

Le permis d’exploiter du site actuel expire en 2027. Comment avez-vous abordé ce tournant obligé ?

Le Centre Médical Héliporté est implanté au cœur du village de Bra-sur-Lienne, sur le site historique lié à son fondateur, le docteur Luc Maquoi. Avec l’essor de l’activité — 1.432 interventions en 2025, soit une moyenne de 4 par jour — les infrastructures actuelles sont devenues insuffisantes et les nuisances pour les riverains (bruit, odeurs de kérosène) de plus en plus importantes. Face à l’échéance du permis d’exploitation fin 2027, l’Organe d’Administration a décidé de ne pas solliciter son renouvellement sur le site actuel, mais de rechercher un nouvel emplacement hors du village. Ce travail a débuté dès 2018, sur base de critères précis : couverture optimale, superficie suffisante, absence de projets éoliens à proximité et coût supportable pour l’ASBL. L’analyse des sites potentiels a conclu que rester sur le territoire de la commune de Lierneux constituait le choix le plus pertinent, ce territoire étant géographiquement au centre de la zone rouge où le CMH intervient le plus fréquemment.

Le nouveau bâtiment intègre dès sa conception des panneaux photovoltaïques, une pompe à chaleur et des toitures végétalisées. Comment la transition énergétique s’inscrit-elle dans la vision d’un service d’urgence comme le CMH ?

Si l’activité héliportée représente une empreinte carbone non négligeable, cela ne nous empêche pas d’agir en faveur de l’environnement. Sur le site actuel, des panneaux photovoltaïques ont déjà été installés depuis plusieurs années. Une attention particulière a également été portée à l’intégration paysagère du bâtiment, avec un choix rigoureux des matériaux et des couleurs. Au quotidien, les éco-gestes responsables sont aussi de mise : tri des déchets, réduction des impressions papier, communications numériques privilégiées.

Ce nouveau site est construit à proximité d’un site Natura 2000. Comment avez-vous abordé cette contrainte environnementale ?

Le nouveau site regroupe plusieurs parcelles en zone agricole, à proximité de la sortie de l’autoroute E25, pour une surface totale d’environ 35.000 m², dont 9.000 m² dédiés au projet. Le solde restera à l’usage des exploitations agricoles existantes. La construction en zone agricole a nécessité une dérogation au plan de secteur, obtenue sur base du CoDT qui l’autorise pour toute infrastructure à finalité d’intérêt général, nous permettant ainsi d’obtenir un permis unique. Le site étant situé à proximité d’une zone Natura 2000, nous avons collaboré étroitement dès le départ avec la Division Nature et Forêt afin de concilier notre implantation avec la préservation de l’environnement. Des mesures compensatoires ont été mises en place, notamment l’aménagement de mares et l’organisation d’un fauchage tardif sur les parcelles excédentaires.

Dans ce projet d’envergure, de quelle manière Wallonie Santé Finances a-t-elle contribué à le rendre possible ?

Le financement du projet a fait l’objet d’une étude approfondie. Nous avons opté pour la création d’une SRL, filiale à 100 % de l’ASBL, baptisée Helimobra, qui deviendra propriétaire de la nouvelle base. Ce montage facilite l’accès aux financements bancaires, libère l’ASBL des risques liés au chantier et permet la récupération de la TVA sur 27 ans. Il a été validé par le SPF Finances via le Service des Décisions Anticipées. Le coût de construction est estimé à 6 M€ HTVA. Nous sommes heureux de pouvoir compter sur le soutien du fonds d’investissement Wallonie Santé, sous la forme de 3 prêts d’un montant maximal de 889.826 € en cofinancement avec BNP Paribas Fortis, pour des investissements liés au développement durable. Le solde sera financé par crédit bancaire sur 20 ans et par les fonds propres de l’ASBL, issus de la générosité de nos affiliés et donateurs.

L’avis d’Alexandre Hock Investment Manager chez Wallonie Santé Finances

Ce dossier m’a marqué dès la première lecture pour une raison précise : nous avions en face de nous une ASBL qui opère depuis près de quatre décennies un service médical d’urgence héliporté sans aucun financement public structurel et qui affiche un service vraiment unique et essentiel à la population. La preuve avec le fait que cette organisation a construit sa solidité sur la confiance de ses habitants. De surcroît, ce n’est pas une structure qui cherche à survivre, mais une structure qui choisit d’investir intelligemment pour durer. Notre rôle ici, c’est d’accompagner une transformation ambitieuse en fléchant nos prêts verts là où ils créent le plus de valeur : l’énergie, la résilience climatique, les panneaux photovoltaïques. Un bâtiment neuf, conçu dans une logique de pérennité, qui consomme moins, qui produit de l’énergie et qui s’intègre dans un environnement naturel sensible. C’est exactement la jonction que Wallonie Santé Finances cherche à opérer entre mission de soins et transition durable.

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