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Construction ou rénovation

Le Château Vert : changer de modèle, pierre par pierre

septembre 8, 2026

À Ben-Ahin près de Huy, Le Château Vert accompagne des personnes en situation de handicap moteur depuis plus de trente ans. Pour leur offrir l’autonomie, l’intimité et la dignité qu’un bâtiment des années 1960 ne permettait plus, la structure a lancé la construction de six nouveaux pavillons.

Le bâtiment principal du Château Vert date du début des années 1960. Conçu à l’origine pour héberger et scolariser 200 enfants dans de grands dortoirs ouverts sur de larges couloirs, il porte encore dans sa structure les traces d’une époque où le handicap se gérait collectivement, loin de toute notion d’intimité ou d’autonomie individuelle. Depuis 1992, l’ASBL a progressivement adapté ces espaces pour y accueillir des jeunes et des adultes présentant un handicap moteur. Mais le bâtiment a fait son temps. Il ne correspond tout simplement plus à ce que l’accompagnement du handicap exige aujourd’hui.

La direction a donc choisi de tourner la page et de construire autre chose : six pavillons de plain-pied, domotisés, accueillant chacun six résidents adultes dans un cadre pensé pour favoriser l’autonomie, l’intimité et l’ouverture sur la vie. Des lieux à taille humaine, où chaque personne peut véritablement se sentir chez elle. Le projet s’inscrit dans le Plan ERICH et répond aux nouvelles normes de l’AVIQ. Son budget global a été bouclé grâce à un effort collectif remarquable : subsides, dons de mécènes et un cofinancement de CBC et Wallonie Santé Finances. Une belle histoire à écrire. Et de manière durable aussi.

Le bâtiment principal du Château Vert date des années 1960 et a été conçu pour un tout autre usage. En quoi ce contexte rendait-il indispensable de construire ces six nouveaux pavillons ?

Initialement, le bâtiment principal n’était pas prévu pour accueillir des personnes ayant un handicap moteur. Au fil des années, celui-ci a été adapté, mais, malgré tout, des difficultés persistaient en termes d’autonomie, d’intimité, d’ouverture… Les espaces de vie étaient prévus pour 12 à 14 personnes. Deux d’entre eux se situaient au 2e étage, ce qui diminuait l’autonomie de certains résidents par le fait de devoir prendre l’ascenseur pour se rendre à l’extérieur. Au vu de l’infrastructure, il n’était malheureusement pas possible de pallier ces difficultés dans le bâtiment existant.

Passer de grandes unités collectives à des pavillons de six personnes, c’est un changement de philosophie autant qu’un changement d’architecture. Qu’est-ce que cela change concrètement dans la vie des résidents ?

Les unités de vie de 6 personnes amènent un réel confort de vie pour les résidents. L’ambiance dans les pavillons est beaucoup plus calme, paisible. Les repas sont des moments plus sereins. En effet, se retrouver à 12 ou à 6 autour d’une table est nettement différent. Il est vrai que cela a engendré un grand chamboulement au niveau organisationnel. Les membres du personnel ont dû revoir leur manière d’accompagner les résidents. En effet, les jours où ils se retrouvaient à 2 pour encadrer 12 personnes, ils se retrouvent maintenant seuls pour 6. Il a donc fallu se réorganiser et se réinventer. Cependant, le personnel a fait preuve d’une grande adaptabilité et, déjà aujourd’hui, 5 mois après le déménagement, on ressent un climat beaucoup plus serein dans les lieux de vie tant de la part des résidents que du personnel.

Ce projet a mobilisé de nombreux partenaires dont des mécènes importants et des subsides publics. Comment avez-vous orchestré ce tour de table et qu’est-ce qui a convaincu chacun de s’engager ?

Ce ne fut pas évident. Il a fallu frapper à de nombreuses portes, être à l’affut d’appels à projets correspondants, faire connaitre le projet… Je pense que ce qui a convaincu beaucoup d’entre eux, c’est la possibilité d’améliorer le quotidien des personnes accueillies au Château Vert. Plusieurs partenaires se sont rendus sur place pour constater, d’une part, les lieux de vie existants, et d’autre part, le démarrage du chantier, preuve que ce projet tenait la route, mais avait besoin d’eux pour se finaliser. Certains partenaires ont répondu présents dès le départ et d’autres sont venus nous rejoindre en cours de route.

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Tout grand chantier connaît des imprévus. Le vôtre n’a pas fait exception, avec des dépassements budgétaires en cours de route. Comment avez-vous traversé cette période et qu’est-ce que cela vous a appris sur la gestion d’un projet de cette envergure ?

De fait, nous avons eu un dépassement dès le départ, lors de l’ouverture du marché public pour désigner les entreprises, avec la hausse des coûts des matériaux suite à la crise du Covid. Ensuite, nous avons malheureusement dû faire face à un terrain beaucoup trop argileux et avons eu des coûts supplémentaires au vu des travaux complémentaires réalisés pour la bonne épuration de nos eaux usées. Ce ne fut pas des périodes faciles, car cela remettait en question l’aboutissement d’un projet lancé et inévitable et donc la crainte de ne pas trouver les financements nécessaires. En effet, ce projet a coûté, au total, environ 7,7 M€. Un projet d’une telle envergure n’amène malheureusement pas des petits dépassements. Heureusement, des partenaires ont continué à nous soutenir et nous avons pu mener à bien les constructions.

En quoi le soutien de Wallonie Santé Finances a-t-il été différent de celui d’un financeur classique ?

Le fait d’avoir eu Wallonie Santé à nos côtés nous a permis d’obtenir notre prêt bancaire plus facilement. En effet, leur participation a permis à l’organisme bancaire d’avoir une assurance sur la faisabilité du projet. 50 % du prêt a été octroyé par la banque et les autres 50 % ont été financés par Wallonie Santé.

L’avis de Lara Collard, Investment Manager chez Wallonie Santé Finances

« Ce dossier m’a appris quelque chose d’essentiel : un grand projet de construction dans le secteur des personnes en situation de handicap, c’est rarement une ligne droite. Nous travaillons ensemble depuis 2023 avec Château Vert. Plusieurs comités, une révision budgétaire en cours de chantier, un financement complémentaire à instruire en urgence. Et à chaque étape, la même conviction de notre côté : ce projet mérite qu’on tienne le cap. Parce qu’il ne s’agit pas seulement de construire des murs. Il s’agit de donner à chaque résident un vrai chez-soi, soit un espace à sa taille, accessible et pensé pour lui. C’est exactement le type de dossier pour lequel Wallonie Santé Finances existe. »

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